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Mes premières fois en tant que jeune médecin

Témoignage

Loren Audia, 27 ans, a fini son internat de médecine générale en octobre 2021. Elle est actuellement médecin remplaçante en Alsace.

  • Votre première garde ?

J'étais encore externe quand j'ai assuré ma première garde et c'était avec une amie. Curieusement, je n’en garde aucun souvenir, si ce n’est notre excitation à nous sentir devenir grandes et une photo prise en tenue d’hôpital pour immortaliser ce moment.

À l’internat ensuite, j’ai commencé par une garde aux Urgences. Un patient souffrait d’anémie, il fallait lui faire une transfusion sanguine… C’était intense et stressant, mais j’étais fière aussi. Je me souviens d’avoir été décontenancée par les tâches administratives : je ne savais pas où trouver les papiers ni utiliser les logiciels !

  • Votre premier décès ?

C’était à l’hôpital, à la fin de la première année de médecine, en stage infirmier en chirurgie orthopédique. Ce n’était que des découvertes : les odeurs, les produits hospitaliers, faire les lits au carré avec l’équipe d’aides-soignantes… Tout un monde inconnu ! Une femme est décédée dans le service, c’était difficile pour moi,  je n’osais pas croiser le regard de sa fille… J’aurais aimé être plus accompagnée par l’équipe à ce moment-là.

  • La première patiente qui vous a touchée ?

Pendant le Covid, une dame de 77 ans qui n’a pas eu de place en réanimation. Elle est décédée juste après ma garde. J’ai beaucoup de tristesse en y repensant : nous étions face à la fatalité, cette patiente savait qu’elle allait partir. Elle a demandé à l’équipe de lui mettre un gant humide sur le front, j’ai ouvert sa porte, elle dormait. C’est la dernière image que je conserve d’elle. Pour moi, les compteurs ont été remis à zéro : première pandémie, premiers souvenirs douloureux dans ce contexte sanitaire si étrange.

  • La première fois où vous vous êtes sentie impuissante ?

En médecine interne, à Mulhouse, en mars 2020, dans le premier service à accueillir des patients Covid. Nous ne savions vraiment pas quoi faire et je n’ai jamais autant sollicité les réanimateurs… Mon idéal en tant que médecin n’a jamais été de secourir des patients en urgence, comme ceux que nous accueillions alors en détresse respiratoire. J’ai appris à le gérer.

  • La première fois où vous vous êtes sentie utile ?

Nous ressentons souvent de la gratitude en recevant celle des patients. Je me souviens d’un patient que j’ai appelé un soir après mes consultations et qui m’a confié  : « Je peux vous dire quelque chose, docteur ? Vous êtes formidable. Merci de tout ce que vous faites, personne ne s’est jamais occupé de moi comme cela. » Je ne m’y attendais pas. Ce sont des mots simples mais qui vous font vous sentir à votre juste place.

Propos recueillis par Suzanne Nemo

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